De tout temps la vie sur Terre s’est adaptée aux changements climatiques, glaciations ou réchauffement. La particularité de l’espèce humaine est en effet de savoir concevoir de nouveaux écosystèmes et donc de pouvoir/savoir s’adapter. On peut faire l’hypothèse ici que ce que l’homme a construit depuis plusieurs siècles et qui s’avère aujourd’hui inadapté, il peut le corriger et concevoir de nouveaux écosystèmes résilients. La différence fondamentale avec le passé, est l’échelle de temps qui nous contraint à agir très rapidement.

Deux modalités de réponse

  • L’atténuation = Intervention anthropique pour réduire les sources de GES ou augmenter les puits de gaz à effet de serre (GIEC, 2007)
  • L’adaptation = Accommodation des systèmes naturels ou des systèmes humains aux stimuli climatiques réels ou prévus ou à leurs effets, afin d’en atténuer les inconvénients ou d’en exploiter les avantages (GIEC, 2007)

La lutte contre le réchauffement climatique passe d’abord par des actions d’Atténuation pour les pays émetteurs de carbone, à tous les niveaux, individuellement et collectivement.

Pour des pays peu émetteurs, comme le Maroc, la lutte contre le réchauffement climatique passe principalement par des actions d’adaptation, complémentairement à des mesures d’atténuation.  La stratégie de l’État marocain intègre parfaitement ces deux approches.

Ainsi le secrétariat à l’environnement du Royaume du Maroc précise, dans la Seconde Communication nationale à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques, la conception stratégique du Maroc : « L’adaptation est un processus permettant d’améliorer, d’élaborer et de mettre en œuvre des stratégies visant à modérer les conséquences des événements climatiques, à y faire face et à en tirer avantage. Elle agit par le biais de l’élaboration de politiques publiques et de la prise de décisions par des acteurs tels que les individus, les groupes, les organisations (agences gouvernementales ou organisations non gouvernementales) et leurs réseaux. Les acteurs concernés doivent être réunis pour identifier les formes les plus appropriées d’adaptation ».

Individuellement ?

Développer nos « écogestes » – comme les 365 actions pour préserver la planète : fermer le robinet pendant qu’on se brosse les dents, éteindre l’électricité en sortant d’une pièce, manger bio, trier ses déchets, mieux gérer nos déplacements… Cela ne suffit pas ! Pour changer profondément et durablement, nous devons changer de paradigme et de modèle. Élever notre prise de conscience des problématiques, enjeux, impacts et conséquences pour adapter nos façons de penser le monde et nos comportements.

 

Collectivement ?

Le champ du politique est évidemment concerné en premier lieu, par :

  • Les processus d’adaptation globaux et intégrés, prenant la forme de stratégies nationales, de dispositifs législatifs et réglementaires, de politiques publiques incitatives ou contraignantes. Ces cadres nationaux sont indispensables et doivent être relayés dans les territoires par des approches plus localisées au niveau des régions notamment.
  • La conception et la mise en œuvre des politiques publiques régionales pour réellement promouvoir les approches, méthodologies et actions. Pour permettre l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques, travailler en synergie avec l’action de l’État dans ce domaine est un enjeu essentiel. Par exemple, la conception d’un plan régional de développement de zones industrielles pourrait prendre la forme d’un cahier des charges impliquant systématiquement une approche globale du projet en éco conception, le recyclage / valorisation des déchets, le traitement / recyclage des eaux, la gestion économe de l’énergie et des sources d’énergies renouvelables, efficacité énergétique sur les bâtiments, végétalisation des sites et des bâtiments, transports internes « doux »…
  • L’acceptation sociale des dispositifs mis en œuvre pour garantir leur efficacité et leur pérennité à moyen et long terme.

En second lieu, la société civile s’est fortement invitée dans ce débat, ayant su développer engagements, implications concrètes, et par conséquent ayant acquis une expertise réelle dans ce domaine. Les associations et réseaux vont devoir aujourd’hui pouvoir davantage coordonner leurs actions, travailler ensemble à une cartographie précise des zones à risque ou déjà impactées par les changements climatiques et les pollutions, continuer à imaginer des solutions et être force de propositions.

© Mario Beauregard – Fotolia

Le sentiment d’une incontournable justice climatique monte dans la société civile. Les populations les plus fragilisées par les changements climatiques ne sont pas les responsables des émissions, ce sont les populations pauvres des pays du Sud. Nos sociétés, à travers les organisations de la société civile, s’efforcent de faire entendre cette voix, pour que leurs aspirations et leurs besoins soient pris en compte, pour que les actions nécessaires soient prises pour les protéger, si nous ne voulons pas qu’un milliard de réfugiés climatiques viennent décupler les mouvements migratoires, comme le GIEC le prévoit pour les prochaines décennies.

Enfin, il nous faut éduquer les consciences, changer les croyances, afin que chacun se sente responsable et que cette responsabilité s’exerce collectivement. Avec l’ambition de changer radicalement et durablement nos comportements responsables des changements climatiques (alimentation, consumérisme, gaspillage énergétique, …) ! Ces évolutions profondes prennent du temps.

Sensibiliser et éduquer à tous les niveaux de la société, dans toutes les classes d’âge ! Par exemple dans l’Oriental au Maroc, pour de nombreux paysans, la notion même de changement climatique n’est pas explicite ; il faudrait plutôt parler de changements au niveau du climat ! Soit une notion renvoyant davantage à leurs vécus et leurs observations concrètes !

Pour conclure (très provisoirement !) et agir !

De tout temps la vie sur Terre s’est adaptée aux changements climatiques, glaciations ou réchauffement. On peut faire l’hypothèse que l’Humain aussi est capable d’Adaptation.

De nombreux films, ouvrages, initiatives de par le monde … témoignent avec enthousiasme d’initiatives résilientes qui foisonnent partout sur le globe, des innovations sociales qui se multiplient sur les territoires, dans l’écologie, les énergies renouvelables, l’éducation, la finance, les entreprises…

Joël de Rosnay, Hubert Reeves, Yves Coppens, les géants scientifiques qui ont marqué la deuxième moitié du XXe siècle, les philosophes, tous parlent d’un nécessaire renouveau de spiritualité et d’émerveillement.

Un Sommet des Consciences s’est tenu juste avant la COP22 à Fès, c’est le signe que les religions du Monde savent qu’elles ont un rôle à jouer.

Alors agir, dans son quotidien en développant nos « écogestes », mais surtout en faisant évoluer nos modes de vie, nos pratiques de consommation, en redonnant la place au « local », …

Agir encore à l’échelle sociétale au travers des nombreuses associations et ONG, par la construction de projets politiques innovants locaux et à plus large échelle, …

Les pistes ne manquent pas pour qui veut vraiment agir !

Colette Gaillard, experte changement climatique
Dominique Linossier, expert développement durable des territoires

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