Assurer la participation, l’appropriation d’un projet par l’ensemble de ses acteurs – en un mot : la gouvernance partagée – voilà le défi que relève au quotidien l’asbl Communa. La rédaction est allée à leur rencontre…

Prenez un espace urbain inoccupé. Rassemblez-y des porteurs de projets, des associations de tous horizons. Ajoutez une bonne dose d’optimisme, de créativité et de volonté de changement. Est-ce là suffisant pour faire émerger un projet collectif et collaboratif au service de la transition ? Pas si évident !

Communa en quelques mots

Communa est une asbl qui vise à la valorisation des espaces inoccupés à Bruxelles à travers des projets d’occupation temporaire durables, de transition. Leur crédo ? La création de « communs », de laboratoires de pratiques urbaines.

L’association est fondée à Bruxelles en 2013 à l’initiative de cinq étudiants en quête de changement: vivre différemment, en habitat groupé, et créer une communauté d’habitants en milieu urbain. La première communauté voit le jour à Ixelles, sur une surface de 8000m² de bureaux inoccupés. Elle déménage et se développe ensuite au gré des espaces disponibles et des rencontres. 2017 marque une année charnière, de mutation pour Communa, qui ajoute à l’hébergement d’habitats groupés l’hébergement de projets associatifs (sociaux, culturels, artistiques, éducatifs, …). Aujourd’hui, Communa connaît un véritable essor et compte pas moins de six lieux actifs, accueillant une grande diversité d’activités. Notamment: logements, espaces de co-working où s’activent différentes associations, repair cafés, initiatives culturelles, musicales, événements, … pour n’en citer que quelques-unes.

Les espaces sont mis à disposition selon un modèle de contribution libre et consciente (sur base d’un prix suggéré) et se gèrent de manière collective. Communa se profile ainsi comme créatrice de « communs ».

 

« Créer du commun » : les défis de la gouvernance partagée

Communa définit un « commun » comme une ressource partagée qui est mis au centre d’une communauté qui le gère de manière collective en établissant une gouvernance partagée. 3 facteurs-clés caractérisent leurs communs :

  • L’autogestion du lieu ou en d’autres mots, la participation des occupants tant au nettoyage, qu’à la prise de décisions, gestion des évènements, communication avec les voisins, etc.
  • La synergie des projets qui y fourmillent, favoriser les ponts entre les différentes activités pour en faire émerger de nouvelles. Par exemple, la Jacqueline, une association de passionnés de musique qui développe entre autres des installations sonores mobiles à partir de vieux appareils audios, travaille aujourd’hui en association avec le repair café au travers de l’initiative Make it Sound à la Serre (Ixelles).
  • L’ouverture du lieu sur le quartier : les habitants et associations de quartiers sont considérés comme des parties prenantes à part entière du commun.

Ce modèle de gouvernance partagée est le fruit d’un apprentissage continu, de partage d’expériences et de leçons apprises du terrain au fur et à mesure des expérimentations, des défis rencontrés.

 

Défi n°1 : comment assurer une bonne interaction, des synergies fructueuses entre porteurs de projet ?

Communa apprend vite que la configuration-même des bâtiments conditionnent la manière dont ses occupants interagissent. Ainsi, un espace comme la Serre, qui inclut un grand hangar central, permet une communication très fluide entre les différents porteurs de projets, alors qu’un espace comme la Buissonnière, une ancienne école avec peu d’espaces communs, rend le dialogue plus compliqué. La solution apportée par Communa ? Sur le long terme, aménager un espace commun est l’option la plus évidente. A court termes, l’asbl a exploré d’autres pistes et constaté « un peu par hasard » au détour d’un événement organisé à la Buissonnière qu’allouer un budget commun (et donc une indépendance financière) facilite l’auto-gestion du lieu.

Défi n°2 : comment assurer l’appropriation des communs par le quartier, comment créer une communauté ouverte ?

Plus que de partager de facto des communs, s’approprier le lieu et « faire ensemble » demande une démarche consciente, volontaire et mobilisatrice. L’appropriation des communs par le quartier (au sens large : les associations de quartier comme les citoyens) est boostée la présence sur place d’une personne référente, qui instaure un dialogue entre les associations et initie une concertation avec les citoyens, qui créer du lien au sein de la communauté. Par exemple, la sélection de nouveaux projets est assurée par un comité constitué d’un citoyen, d’une association, tous tirés au hasard. Un processus qui tient sans aucun doute de la démocratie participative !

Défi n°3 : comment développer un modèle financier éthique et indépendant ?

Communa croît de plus en plus. Afin de pouvoir développer ses pratiques urbaines alternatives et déployer sa vision collaborative, la question financière se pose inévitablement pour l’association. A termes, l’idée est de développer un système économique circulaire, qui lui permette de s’auto-financer de manière complètement indépendante, en accord avec leur éthique. Affaire à suivre, joignez-vous à leur réflexion !

 

Conclusion?

Communa est un projet centré sur l’humain, en évolution constante, un laboratoire de pratiques sociétales qui expérimente, qui cherche le meilleur moyen d’impliquer le plus de personnes possibles autour de projets fédérateurs. Comment créer un lien durable, mobilisateur et créateur? Et vous, qu’en pensez-vous?

En savoir +

Rue Gray 171
1050 Ixelles

Merci à Nora Römer, responsable communication au sein de Communa, pour la richesse de son partage et sa disponibilité!

A vous de jouer!

Le modèle de Communa vous inspire? Vous pensez à des pistes de réflexion ou des alternatives aux défis qu’ils ont rencontrés? Vous avez une expérience à partager sur la question de la gouvernance partagée et ses défis? Contactez la rédaction, et contribuez au « best of reactions » qui paraîtra en complément de l’article!

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