La démarche interculturelle en pratique.

Interviewé par la rédaction, Hamel Puissant expliquait la démarche interculturelle dans l’article « Démarche interculturelle : comment mieux faire, ensemble et différents ? ». Voyons comment amorcer en pratique cette approche grâce à l’outil de la molécule d’identité. Mode d’emploi.

A l’origine

La molécule d’identité est un outil utilisé par le Centre Bruxellois d’Action Interculturelle dans le cadre de ses formations sur l’approche interculturelle. Acteur de deuxième ligne, le CBAI a pour mission principale de former des formateurs.

L’exercice de la molécule est destiné à faire vivre les concepts de l’interculturel de l’intérieur afin de mieux se les approprier. Il vise à fournir des clés de compréhension de la théorie afin de mieux la mettre en pratique et la transmettre. Dans cette optique, la molécule d’identité s’adresse principalement aux travailleurs sociaux et professionnels du non-marchand dans le cadre de leur pratique. A noter qu’il peut également être utilisé en tout public, pour peu que l’animateur ait bien expérimenté l’outil lui-même avant de le proposer à son public.

 

L’objectif ?

La molécule d’identité est un outil de décentration (voir l’article « Démarche interculturelle : comment mieux faire, ensemble et différents ? » pour en savoir plus sur la théorie), de prise de conscience au niveau de l’individu d’abord et de la rencontre ensuite. Son objectif est de mettre l’individu dans une posture d’observateur sur son identité plurielle et les cultures qui en découlent, se distancier du regard posé tant sur soi-même que sur l’Autre.

#1 · Compléter sa molécule d’identité.

Réfléchir à ses groupes d’appartenance et les hiérarchiser. A quels groupes est-ce que je m’identifie ? Lequel est le plus important, prépondérant ?

L’identité est communément composée de 17 identités, entendues comme des groupes d’appartenance. Ceux-ci sont de trois types : les groupes formels (se rapportant à la famille, étude, origine, âge, …), les groupes informels (par exemple, les barbus) et les groupes abstraits, liés à la personnalité, le caractère (par exemple, être timide). Parmi ces 17 facettes, certaines sont plus importantes que d’autres dans la définition de son identité propre : l’identité est verticale, résultat d’une hiérarchisation.

Dans le cadre de cet exercice introductif, n’en choisir que 5, puis choisir celle qui est prépondérante.

#2 · Les stand-ups.

Aller à la rencontre de l’Autre par le partage sur sa molécule d’identité avec le groupe.

Cette phase de partage permet de faire prendre conscience que non seulement l’identité est plurielle, liée à une hiérarchisation de groupes d’appartenance, mais qu’en plus chacun ne se définit par relativement aux mêmes groupes, et ne hiérarchise pas ses appartenances de la même manière.

Un outil qui permet de se découvrir, et de découvrir d’autres facettes que celles, stéréotypiques, que l’on avait collées sur la personne. Dans une démarche interculturelle, cette double prise de conscience va vers l’ouverture d’un dialogue : si le groupe le plus important pour l’autre est la religion, celle-ci va se traduire, s’exprimer culturellement. Et si je veux pouvoir comprendre, interagir avec cette personne, je vais devoir en tenir compte. Si je ne reconnais pas cette dimension, je risque de couper des morceaux de son identité, de sa culture, et donc de ma relation avec elle.

L’exercice peut s’arrêter à ce stade-là.

#3 · Groupe dominé/dominant et privilèges.

A partir des 5 groupes d’appartenance de sa molécule d’identité, réfléchir à la représentation de ceux-ci au regard de la société. Est-ce que ces groupes sont minoritaires, dominés, ou au contraire majoritaires, dominants ?

Cette troisième étape permet d’accéder à un autre concept : celui de l’identité attribuée par les autres, positivement ou négativement. Est également introduit la notion de privilèges : l’argent, la reconnaissance, le niveau d’éducation, … autant d’avantages, souvent inconscients, que possèdent les personnes dont les groupes d’appartenance sont valorisés aux yeux de la société.

De même, ceux qui ont une majorité de groupes d’appartenance dévalorisés réalisent que ce ne sont pas là des choix choisis. Ce sont là des enjeux importants dans le milieu associatif : de transformer des identités négatives en identités positives, fières… tout en essayant de la construire sans écraser les autres.

Pour avoir le dossier détaillé sur l’outil de la molécule d’identité, prenez contact avec le CBAI.

 

Les forces

La molécule d’identité est un bon moyen d’éprouver les concepts théoriques de la démarche interculturelle et de mieux s’en approprier les enjeux. L’outil permet, par la pratique, de mieux comprendre son propre fonctionnement afin de mieux comprendre celui des autres (de l’individu au collectif).

 

Les limites

L’animateur doit avoir été formé à l’outil, il doit l’avoir expérimenté afin de le transmettre correctement (sous peine d’appauvrir, voire de biaiser l’outil).

 

En savoir +

CBAI_logo

Le CBAI est né en 1981 sous le nom de Centre Socioculturel des Immigrés de Bruxelles. Les associations migrantes créent l’association comme lieu de ressource, d’information et de formation de leurs cadres. 10 ans après, le centre devient le Centre Bruxellois d’Action Interculturelle et réoriente son action sur l’interculturalité et les enjeux culturels et identitaires de la reconnaissance et du vivre-ensemble.

Merci à Hamel Puissant (secteur formation) pour sa disponibilité et la richesse de son partage.

A lire aussi

Envie d’en savoir plus sur la théorie? La rédaction a demandé un peu plus d’explications auprès du CBAI sur la démarche interculturelle: « Démarche interculturelle : comment mieux faire, ensemble et différents ? »

A vous de jouer!

Télécharger la molécule d’identité à compléter, et partagez sans plus attendre vos réflexions et retours d’expérience avec la rédaction, et contribuez à la compilation “best of reactions” qui sera publiée à la suite de cet article !

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