La nécessité de créer un outil d’évaluation de la qualité de partenariats interculturels est née au cœur d’une histoire de collaboration de plus de dix années entre le Centre de Formation Pédagogique Abbé David Boilat de MBour (Sénégal) et la Haute École Vinci – catégorie pédagogique de Louvain-la-Neuve (Belgique) –, deux instituts de formation d’enseignants. Avec l’intention forte, au-delà des projets et de ses objectifs, de prendre le temps de s’arrêter pour parler des relations partenariales, sur lesquelles souvent on ne s’arrête pas, trop pris par le “comment faire”,  pour questionner le “comment être”. Rendre visible l’invisible et ainsi pousser à la mise en place,au coeur des partenariats, de rapports humains respectueux.

Rencontre avec Jean-Paul Guyaux et Annie Meysman de la Haute École Vinci et membres de l’équipe qui a coordonné le groupe de co-construction du CAP.

 

Pourquoi créer un outil de gestion de la qualité de nos partenariats ?

Dans le cadre des programmes de formations proposés à Vinci, la possibilité est offerte aux étudiants de s’inscrire dans des projets de mobilité dans des institutions d’enseignement supérieur partenaires que ce soit en Europe, au Canada mais aussi au Maroc, au Bénin et au Sénégal.

Très vite, au cours de la collaboration et du partage d’expériences avec les partenaires, des questions importantes se posent, notamment autour des relations. Par exemple, lorsqu’on constate que la relation maitre-stagiaire s’inverse : une fois au Sud, il arrive que les stagiaires se comportent comme des maitres de stage au lieu de rester dans la posture d’apprenant en formation. Celui qui apprend devient alors celui qui sait ; celui qui sait devient celui qui apprend.
Face au constat de nombreux moments questionnants, nait le projet de créer un outil pour évaluer la qualité de nos partenariats. Pour concrétiser cette intention commune, un colloque,intitulé « Pertinences et impertinences des partenariats pédagogiques interculturels » est organisé à Mbour au Sénégal. En filigrane, une invitation à parler vrai. C’est ainsi que 120 partenaires du Nord comme du Sud, des formateurs d’étudiants dans les domaines pédagogiques et des soins de santé, des partenaires des stages en mobilité, ainsi que des porteurs de projets dans des associations œuvrant dans divers domaines se rassemblent pour un colloque de quatre jours. Autant d’Africains que d’Européens. Des conférences abordent la réflexion de fond et le sens des partenariats, tandis que les temps d’ateliers permettent de partager les expériences vécues et d’identifier autant les bonnes pratiques que les défis. Cette collecte d’informations permet de progressivement identifier une dizaine de balises pour nourrir un référentiel qualité qui représente, outre les échanges, le but de ce colloque.

Suite à cette première étape, la première mouture est retravaillée avec l’équipe de pilotage et enrichie par la documentation existant sur le sujet. Des expérimentations avec certains partenaires ont pu se réaliser, lors de séminaires. Cette deuxième étape a permis d’évaluer le référentiel et de le faire évoluer vers un outil opérationnel.

L’ensemble du processus a été soutenu depuis le début par l’ARES, et enrichi par la participation de chercheurs du Sud et du Nord, garants scientifiques, dont Philippe De Leener (Intermondes).

« On le devine, la qualité d’un partenariat dépendra beaucoup de la manière dont les partenaires font usage de ce qui les chiffonne, de ce qui les irrite et peut-être de ce qui les met en conflit, précisément dans les lieux ou dans les moments critiques. Le grand défi se situe d’ailleurs à cet endroit précis : que faisons-nous de ces apprentissages ? En quoi nous transforment-ils ? En quoi transforment-ils aussi les cadres de nos vies ? Et la société autour ? Même modestement (…) Car de la qualité de ces partenariats dépendra en définitive la qualité de notre “vivre en société”. Car de la qualité de ces partenariats – les nôtres, ici comme là-bas – dépend la qualité de notre avenir en commun. »

Philippe De Leener, Intermondes, Co-construire des accords de partenariat interculturel…de quoi parle-t-on ? Extraits du Carnet Ressources du CAP. 

L’outil CAP : balises, tensions et défis pour co-construire les partenariats.

Un second soutien de l’ARES permet d’expérimenter l’utilisation de l’outil, tant pour la gestion et l’évaluation d’un partenariat existant que comme outil d’initiation d’un nouveau partenariat. Ainsi nait l’outil CAP, pour Co-construire un Accord de Partenariat.

L’outil CAP s’articule autour de trois concepts-clés qui sont comme des portes d’entrée pour faire ouverture à la parole : des balises, des tensions et des défis. Il s’agit avant tout de prétextes pour analyser la qualité, l’éthique, les valeurs de nos relations et organisations partenariales.

Cinq balises, des tensions et des défis pour provoquer un dialogue réflexif sur la relation partenariale

Cinq “Balises” sont proposées : “Pilotage”, “Valeurs – objectifs – enjeux”, “Analyse contextuelle”, “Responsabilités et moyens”, “Evaluation continue”. Chacune de ces balises est déclinée en questions à partir desquelles chacun des partenaires peut se positionner en vue d’un accord de partenariat. Qui fait quoi ? Qui décide de quoi ? En quoi le contexte est-il porteur ou non ? Quelles sont nos valeurs partagées ? Comment s’organise le processus d’évaluation du partenariat ?

Il en va de même pour les tensions, considérées non comme des obstacles, mais comme des pôles qui dynamisent le partenariat. Par exemple, entre ce qui est dit et ce qui est fait effectivement, entre la confiance et la méfiance, entre l’accent porté plus sur le processus ou sur les résultats…

À travers le dialogue et les débats, des mots peuvent être mis sur des implicites. Des manières de faire différentes ou des éléments prégnants du contexte de chacun peuvent être expliqués et débattus. Cette mise en lumière permettra de clarifier les repères retenus. Par exemple, par rapport au respect de la hiérarchie, qui peut se vivre différemment selon les contextes.

Les défis, quant à eux, abordent des questions de fond, que ce soit la question du changement : souhaitons-nous un changement profond ou un aménagement ? ou celle de la relation à l’imprévu : sommes-nous prêts à valoriser l’imprévu qui s’invite dans les partenariats ? Il s’agit aussi de se situer : Avons-nous pris conscience de l’enjeu sociétal qui sous-tend ce partenariat ?

L’outil CAP : bref descriptif et méthodologie d’animation

Pratiquement, l’outil est présenté dans une boite contenant un support, à poser au centre de la table, un “Carnet Mode d’emploi”, comme guide d’utilisation et un “Carnet Ressources”, qui présente, entre autres, des éléments de clarification des concepts de base.

La boite contient aussi un document “Accord de Partenariat”, sur lequel seront notés des repères retenus.

Les balises et les tensions sont travaillées de manière aléatoire à l’aide d’un dé et de deux jeux de cartes qui reprennent l’un les questions des 5 balises, et l’autre les pôles des 24 tensions.

À chaque partenaire de choisir, parmi les questions, celles qui font sens dans le cadre de la collaboration et d’enrichir les débats en mettant en réflexion les tensions.

Des cartes “Autorégulation” peuvent être saisies par chacun des partenaires autour de la table, quand le besoin se fait sentir de demander la parole ou de prendre du recul.

Au bout d’un moment fixé, l’animateur incite le groupe à faire la synthèse : Qu’est-ce que nous retenons de nos échanges ? Quels sont les repères importants qui ont émergé ? Ensuite, au tour du secrétaire de faire une proposition de formulation pour traduire ce repère dans l’accord de partenariat.

Pour terminer, les partenaires se situent par rapport aux questions de fond posées par les 6 défis, proposés au verso du document Accord de partenariat .

Si l’outil CAP propose une méthodologie d’animation (4h environ), il invite à la créativité de chacun, en permettant de se réapproprier les consignes.

L’outil CAP est un prérequis pour une action partenariale efficace et respectueuse. Il est un outil de dialogue, ouvert sur les questions posées dans la gestion des partenariats naissants ou existants. Il permet de co-construire et de clarifier un accord de partenariat.

L’outil se veut être un outil non- finalisé. Il invite chaque participant ou partenaire à proposer des aménagements et améliorations, ce qui permettra, à partir des retours de terrain, de continuer à le co-construire.

Aller + loin

L’outil est disponible dès octobre 2020.

Des ateliers d’expérimentation de l’outil sont organisés.

Si cela vous intéresse : contact Jean-Paul Guyaux jeanpaul.guyaux@vinci.be

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